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Ce mercredi, des dizaines de cheminots marocains ont quitté la Cour d'appel de Paris en criant «vive la justice». Après des années de procédures, ces hommes ont gagné leur combat contre la SCNF, condamnée pour discriminations ce mercredi. Rencontre avec celui par qui la lutte a commencé.

La journée du 31 janvier a donné une heureuse image de justice. Celle de l'avocate Clélie de Lesquen-Jonas soulevée de terre et portée en triomphe par des vieux messieurs dont les visages lumineux et souriants trahissaient le soulagement.

Après des décennies de lutte et douze années de procédures, les chibanis ("cheveux blancs" en arabe), ces ouvriers marocains embauchés entre 1970 et 1983 par la SNCF, ont obtenu la condamnation du groupe public pour discrimination salariale et professionnelle.
Recrutés pour les tâches les plus rudes mais privés des avantages dont bénéficiaient les salariés français, ces employés ont connu des carrières bloquées au point mort et sont partis à la retraite avec des pensions jusqu'à trois fois inférieures à celles de leurs collègues.

Ce mercredi, la Cour d'appel de Paris a non seulement confirmé le jugement © Thierry Chavant

prononcé en première instance mais elle a également reconnu un "préjudice moral". Chacun de ces anciens salariés, désormais retraités, va désormais obtenir réparation.
"Indigènes du rail"

Cette victoire est celle de 848 personnes, ceux que l'on surnommait "les indigènes du rail" ou "les parias de la SNCF", mais elle est aussi celle d'un homme, Ahmed Katim engagé depuis 1998 pour rétablir l'égalité des droits.

En 2015, La Revue Dessinée retraçait son parcours, des collines de Méknes au nord du Maroc jusqu'aux tribunaux, en passant par les bungalows de la gare de triage de Pantin.

Main d'œuvre bon marché et dure à la tâche

Comme des milliers de marocains, Ahmed Katim a quitté son pays dans l’espoir de construire une vie meilleure. C’était en 1972, à la fin des trente glorieuses. Les entreprises embauchaient encore de la main d’œuvre maghrébine, bon marché et dure à la tâche.

Ahmed signe alors avec la SNCF un contrat de droit privé pour travailleur étranger. Pendant quarante ans, ce cheminot n’a pas ménagé sa peine. Mais lorsqu’il a compris qu’il ne toucherait qu’une retraite de misère, il a décidé de se battre.

À l’origine du mouvement de lutte de 848 marocains salariés par la SNCF dans les années 1970, Ahmed Katim a assigné en justice son employeur. Au-delà de la question de principe, des centaines millions d’euros sont en jeu.
Cette histoire, racontée par la journaliste Alexandra Bogaert et le dessinateur Thierry Chavant, à retrouver en intégralité dans le numéro 9 de La Revue Dessinée et en accès libre ici.

médiapart


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